Résidence mission avec Gaëlle Hermant – cie Det Kaizen

«S’imaginer durablement le territoire », c’est la thématique des résidences mission proposées par la communauté d’agglomération de Valenciennes Métropole pour favoriser l’accès de tous et toutes à l’art et à la culture. Le Phénix s’y associe en accompagnant la metteuse en scène Gaëlle Hermant et sa compagnie Det Kaizen à la rencontre des habitants avec cette question : « Et si nous avions la possibilité de s’adresser aux générations futures, aux personnes qui arriveront sur terre dans deux cent ans, que laisserions-nous de notre passage éphémère sur terre ? » Les formes artistiques pour y répondre feront à chaque fois l’objet d’une invention originale : textes, lettres adressées, chansons ou musiques, histoires intimes, vidéos, des conseils ou témoignages destinés aux temps futurs…

 

Entretien avec Gaëlle Hermant

Tu viens d’implanter ta compagnie dans la région et tu as décidé d’y vivre. Quelle place occupe l’appropriation d’un territoire dans ton parcours artistique ?

En tant qu’artistes, nous tournons beaucoup. Il est fondamental d’avoir un point d’ancrage, c’est une base forte. Nous avons besoin de nous reconnecter à ceux qui ne font pas de théâtre. Je ne connais pas ce territoire, je le découvre. J’ai hâte de rencontrer toutes ces personnes par le biais de la Résidence Mission. Ce qui m’intéresse chez elles, c’est leurs façons d’être, leur passé, comment elles se sont construites et de quelle manière cela affecte leur relation au monde. Ces projets nous replongent dans la réalité, notamment celle de la complexité humaine. On a toujours décidé qu’on y est en création. Ils nous poussent à bouger, à nous réinventer, à rouvrir les yeux, à trouver de nouvelles histoires.

 

Dans votre démarche, vous vous adaptez à la réalité que vous découvrez. C’est d’elle que découle la nature du geste artistique. Peux-tu nous expliquer quelles sont les étapes pour créer avec les habitants ?

Je donne des axes, puis nous travaillons ensemble. Grâce à Viviane Hélary, violoniste et musico-thérapeute, Manon Clavel et Jules Garreau, comédiens, Olivia Barron, dramaturge, et moi, les possibilités sont infinies : musique, jeu, écriture, dialogues, formes cinématographiques etc. J’adore travailler en équipe. Qu’est-ce que l’on peut inventer à chaque fois ? Par exemple avec un EHPAD ou une école. En fonction de ce que j’ai envie que l’on fasse pour cette action, on choisit qui d’entre nous va intervenir. Chaque groupe est traité spécifiquement. C’est un vrai luxe de prendre ce temps. L’idée est de faire grandir les petits gestes, de leur conférer une dimension artistique, en écho avec le nom de ma compagnie : Det Kaizen. « Kaizen » est une méthode. C’est en s’unissant et par de petits changements que l’on peut arriver à de grandes transformations.

 

Dans tes créations, tu interroges toujours la relation entre l’intime et la société. Où puises-tu ton inspiration ?

Il y a une phase où je laisse traîner mon oreille partout, je regarde beaucoup de documentaires. Il y a des sujets qui t’animent en tant que personne. Je deviens alors obsessionnelle. Comme par exemple ce couple de retraités surendettés qui s’est suicidé parce qu’ils ne pouvaient plus payer de cadeaux à leurs enfants et petits-enfants. Je ne savais pas quoi faire de cette histoire mais cela va faire partie de la nouvelle création. Pour ma dernière pièce Danse « Delhi », j’ai été inspirée par ma mère et ma sœur, toutes deux médecins et qui ont accompagné les fins de vie. La mort fait partie naturellement de mon univers depuis enfant. Sur le plateau, cinq rôles de femmes sublimes : une infirmière, sa femme, sa maîtresse, la mère de cette dernière et une femme âgée. Toutes rassemblées dans un salon réservé aux familles dans un hôpital. C’est une variation en sept scènes différentes qui évoluent autour de l’annonce du décès d’un des personnages. J’ai voulu y interroger le déni dans la vie des gens par rapport à la souffrance et à l’amour. La violoniste Viviane Hélary dévoile leurs états d’âme. La musique tient une place centrale dans mes pièces qui sont écrites comme des partitions.

Propos recueillis en octobre 2022

 

 

EN PARTENARIAT ÉTROIT AVEC LA DIRECTION RÉGIONALE DES AFFAIRES CULTURELLES DES HAUTS-DE-FRANCE (DRAC), LE RECTORAT DE L’ACADÉMIE DE LILLE – DÉLÉGATION ACADÉMIQUE AUX ARTS ET À LA CULTURE (DAAC) ET LA DIRECTION DÉPARTEMENTALE DES SERVICES DE L’ÉDUCATION NATIONALE – (DASEN – NORD), EN LIEN AVEC LE CONSEIL DÉPARTEMENTAL DU NORD ET LE CONSEIL RÉGIONAL DES HAUTSDE-FRANCE.