Edito 2021 > Les sens essentiels

Cette période nous a posé un millier de questions : sommes-nous essentiels ?
Si oui quelle est notre essence ? Les artistes pour lesquels nous avons pu continuer d’accompagner le travail de création ? Les publics qui se virtualisaient au fil des semaines ? Peut-on réduire une personne à son essence, sans chair, sans corps, sans s’embrasser ? Ne sommes-nous pas assignés à l’essentiel après être devenus des identités numériques, mesurables, monétisables par les géants du numérique enveloppant le monde dans la nuit d’écran d’un confinement sans fin ? Pouvait-on réduire notre existence à cette essence exacte et froide alors que nos corps fatigués, enfermés, étaient portés comme des fardeaux menacés par le virus ? Et comment imaginer que cela – ou autre chose – ne recommencera plus ? Comme le souligne le penseur Bruno Latour, n’habitons-nous pas « chez les virus », dans ce monde que nous rétrécissons à vue d’œil ?

Alors n’éludons pas cette question : qu’est-ce qu’il reste d’essentiel aujourd’hui après la crise ? Pour nous, au phénix, l’essentiel est de reprendre avec l’art,
la création et la littérature : nous avons voulu interroger cinq artistes, écrivains, que nous accompagnons avec le pôle européen, et qui livrent dans les pages suivantes leur tentative de réponse. Elles nous ont touchés. Nous voulions les partager avec vous, en ouverture de cette saison, comme la respiration qui nous a manqué. Espérons… que les corps se rebellent, que la jeunesse jaillisse, que nous puissions nous toucher et nous embrasser, que les arts vivants reprennent nos vies « à bras-le-corps ». Et nous avons une grande joie, après cette traversée, de pouvoir vous accueillir à nouveau. Une chose est certaine : nous n’avons jamais été aussi heureux de vous retrouver. En vrai. En chair et en os.

Romaric Daurier, directeur, et l’équipe du phénix

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