Philémon Vanorlé Un humour de résistance par la poésie

Plasticien et scénographe de théâtre, Philémon Vanorlé apporte une dimension animiste et cocasse au monde qui nous entoure. Avec lui, les objets du quotidien semblent avoir leur propre trajectoire, loufoque et déviante : des carottes sur un chandelier, des ustensiles de jardinage servant de pieds de tabouret, une pelle visitée par un oiseau etc. C’est ingénieux, insolite et, surtout, cet arrêt sur image donne un supplément d’âme à la réalité… et le sourire ! Comme des fulgurances lumineuses et fragiles, formes de pieds de nez comiques à l’ordre établi.

Son art du détournement est nourri par une affection particulière pour le bricolage et le rafistolage.  Plusieurs vies traversent ses objets et leur polysémie. A contrecourant de la société de consommation et du plaisir immédiat qu’elle génère. A rebours de la vitesse à laquelle elle nous contraint. Il fait l’éloge de la lenteur. Avec une poésie qui prend un caractère subversif. Un humour de résistance. Tout en restant affranchi d’un engagement politique quel qu’il soit. Il a par exemple mis un coup d’arrêt à la tentative d’instrumentalisation par la COOP 24 ou les ONG de Pégase, son âne harnaché de panneaux solaires, métaphore des dérives du progrès et de bien autres choses que l’on peut imaginer. Ce qu’il préfère : susciter le débat en permettant d’appréhender la complexité. « Je n’aime pas les œuvres d’art qui nous disent ce que l’on doit penser ».

Ce statut d’artiste hors cadres, il l’utilise dans le CLEA, Contrat Local d’Education Artistique, pour insuffler de la liberté. Là encore, il détourne les mots, le langage pour en explorer tous les sens possibles. Une bouffée d’oxygène pour les publics qu’il rencontre. En particulier dans ce contexte très empêché. Dans une classe, il crée avec les enfants un jardin de pensées géantes et de soucis. Invité par le CROUS au sein de l’atelier de l’artiste ivoirien Soilioba Coulibaly, il travaille sur le masque de façon fantaisiste avec des étudiantes originaires des Philippines et du Maroc. Toutes sortes d’objets servent de protection du visage : boîtes de couscous, d’œufs, chaussures… L’occasion d’alléger joyeusement la gravité du moment, de parler des codes culturels propres à chaque pays et de l’appréhension de l’autre en temps de covid. Au lycée du Hainaut, un atelier électricité avec les élèves donne prétexte à l’ébauche d’un court-métrage sur l’envers des décors.

Un renversement de perspective qui fait bien. Car l’artiste et sa « société volatile » aiment prendre de la hauteur. Une vraie passion pour les tentatives, parfois si fragiles, d’élévation poétiques.

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